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Riké - Vivons !

Sortie le 29 janvier 2007




Riké est l’une des deux voix de Sinsemilia, ce big band enflammé qui renouvela le reggae en version française et s’imposa avec un succès croissant sur la scène indépendante. Profitant d’une pause de son groupe, il enregistre son second album sous son propre nom.

Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas pour autant d’une initiative en solitaire car un petit collectif travaille avec lui sur les textes, les musiques et les enregistrements.A ses côtés, on retrouve N°9 et Mike, l’autre chanteur de Sinsemilia et son complice depuis les bancs de l’école. Par rapport aux précédentes expériences, l’engagement se fait le plus diffus : le but étant de développer un projet personnel.Riké parle d’abord de lui, de sa vie et de ses sentiments. Il privilégie la confidence, il instaure avec l’auditeur un rapport intimiste.

Il s’éloigne musicalement du reggae même si l’on en détecte toujours une trace à travers ses intonations vocales et son phrasé. Ici, il se laisse aller librement à ses tendances musicales variées, lui qui se reconnaît trois maîtres : “Marley, Noir Désir et Brassens”. On évolue ainsi entre rock, pop et folk, au gré de ballades relayées par des accélérations dansantes. Le parti pris est à chaque fois celui de la chanson, envisagée davantage en tant que forme qu’en tant que genre.

Les mélodies ont si été peaufinées que les morceaux semblent portés par la force de l’évidence.En ouverture, “Oublie-moi” s’affirme comme le manifeste d’un indépendant réfractaire à toutes les compromissions. Entre la poussée de fièvre d’un riff de guitare très rock et la suavité pop du refrain, Riké assène ses vérités (“J’veux pas rougir face au miroir / (...) J’peux pas trahir mes idéaux”).

Comme chez lui détermination rime avec décontraction, il fuit la démonstration pesante, et se délecte d’un anticonformisme assuré. Pour chanter son quotidien, il sait trouver les mots simples et justes pour retranscrire ses réflexions partagées entre révolte et hédonisme. “Tranquille”, décline sur un rythme chaloupé son principe existentiel : “Je vis l’aiguille bloquée sur le tranquille”.

Il enchaine ensuite sur la chanson, “Je Chante”, pop-folk guilleret à fibre écolo, évoque l’optimisme au bord du gouffre. Le Titre “Brillons”, dansant, enlevé, ensoleillé, incite à chanter en choeur le l’hymne du refrain (“Rions pour ne pas en pleurer”) : Riké a le sourire contagieux et le rythme communicatif.Il aborde également des sujets imprégnés de sa vie affective et sentimentale qu’il renvoie comme un miroir au public. “Comptine de la petite main” célèbre d’une façon apaisée une paternité nouvelle et enthousiasmante.

En écho, la complainte lancinante “Un père” épingle les procréateurs qui ne savent pas assumer leurs responsabilités familiales. Porté par un clavier obsédant, “Plus rien ne me touche” s’assume pleinement comme une chanson d’amour aérienne et résolument ado, fraîcheur et naïveté en prime (“Comme si j’avais quinze ans / Retrouvant le bonheur d’un amour adolescent”).

Riké n’a jamais oublié l’enfant qui est en lui et c’est peut-être ce qui lui donne sa force de conviction. Poursuivant dans la même voie, “Corps à corps” conjugue émotion et sensualité : après une introduction dépouillée avec guitare sèche et harmonica, cette ballade veloutée et voluptueuse se love dans son impact mélodique renforcé par l’élégance des mots (“Tout ça se règle au corps à corps / Que l’on conclut d’un bouche à bouche”)

.Juste avait l’instrumental final (“Tahani”), “Mon île” clôt les ébats de manière dynamique et moelleuse sur la quête du bonheur au jour le jour.La réalisation, tout en finesse de Laurent Genault allie musicalité et sobriété : pas d’effets superflus, que ce soit pour les guitares, les percussions, l’harmonica ou le clavier.

Notre attention se focalise donc sur les mélodies et les chansons, ainsi que sur la voix si expressive de Riké : alchimie de timbre légèrement cassé et d’agilité harmonique haut perchée.L’attention reste constamment éveillée puisque l’album joue la carte de la concision et de l’efficacité : fuyant le remplissage.

Il file à l’essentiel et se limite à dix chansons qui ont été impitoyablement sélectionnées parmi un répertoire beaucoup plus vaste. Malgré la tendresse pudique qui l’anime, Riké peut ainsi lancer son offensive en douceur et triompher grâce à sa séduction décontractée.

Jeudi 7 Décembre 2006 - 00:28
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