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Robin Leduc - HORS PISTE

SORTIE 4 octobre 2010




Il arrive à la chanson de tomber entre les mains de personnes généreuses et éclairées, qui savent l'aimer sans préjugés et la faire vibrer comme au premier jour. Robin Leduc est de ces bonnes âmes qui redonnent du cœur, de la verdeur et de la noblesse à cette belle dame sans âge. Et aussi un peu de cette douce insolence dont elle ne devrait au fond jamais se départir.

Son album s’écoute comme une ode à la simplicité. Mais une simplicité élaborée et imprévisible. A l’image de textes qui alternent ellipses poétiques et déclarations frontales, jouent avec le son des mots autant qu’avec leur sens. Puisant dans une vaste réserve d’instruments, les arrangements tirent aussi bien vers le rock dégraissé ( Ma dose de moral) que vers les pulsations africaines (Laisse moi passer, Mais qu’est-ce que ça peut faire), vers les grands espaces américains (Zudcott Song) que vers l’intimisme de la confession (Mes idéaux), vers la pop un peu blues bizarre (Coin de rue).

Ce juste foisonnement trahit une minutie chevillée au moindre geste, un amour du détail qui est l’apanage des grands artisans. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le soin infini apporté aux rythmes, un domaine trop souvent négligé par les chanteurs de chez nous. Quant à la voix, elle porte l’éloquence naturelle de ceux qui savent faire claquer une mélodie ou une phrase.

Rien ne prédisposait Robin Leduc à embrasser un jour le destin de chanteur en langue française. Sa naissance et sa petite enfance sur le continent africain, ses frasques adolescentes dans des groupes de rock ou encore son apprentissage de la guitare jazz dessinent la trajectoire d’un homme voué à traverser la musique en dehors des clous, à distance de toutes les écoles.

Placé sous le sceau de l’esprit de découverte, ce parcours a pris une dimension plus initiatique à l’aube des années 2000. Robin Leduc apprend alors les secrets de la prise de son et de la réalisation musicale, les prodiges de la bidouille en studio. Pour lui, c’est une porte d’entrée supplémentaire vers les arcanes de la composition, dans laquelle il ne manque pas de s’engouffrer. Son goût pour la pratique multi instrumentale achève de le transformer en créateur autonome et en bricoleur savant.

Des aventures collectives sans lendemain et une expérience solo avortée repoussent pourtant l’heure de son épanouissement. Jusqu’à ce qu’il croise les routes du batteur Jean Thévenin, du claviériste Cyrus Hordé et du guitariste Valentin Montu, qui forment autour de lui les Pacemakers. Avec cette garde rapprochée, il enregistre un Ep en 2005, sillonne la France deux ans durant et retrouve la foi en ses talents de songwriter. "Avant de les rencontrer, j’avais presque abandonné l’idée de faire de la chanson, je m’étais recentré sur mes activités de réalisateur musical et d’accompagnateur », rappelle celui qui, en studio ou sur scène, a notamment secondé Revolver, Constance Verluca ou The Rodeo.

Des couleurs et des motifs, des vibrations et des humeurs, il s’en déploie un riche éventail tout au long de ce disque, ajoutant quelques ornements qui mettent encore un peu plus en valeur ses chansons : une discrète surpiqûre de banjo ici (C’était drôle), quelques rubans de steel drum là (Mais qu’est-ce que ça peut faire), une couture de sax basse ailleurs (Tu montes et moi je descends), des chœurs un peu partout… Le tout avec ce mélange d’huile de coude, de science et d’imagination que ce mélomane sans barrière a aimé goûter dans les Beatles, Bob Dylan, les Beach Boys, le Rockindé, la Soul, l'Afrique, la France et bien d'autres choses.

Avec Robin Leduc, la chanson de trois minutes sort ainsi de son pré carré, s’ébroue dans des espaces qui dépassent de loin le cadre restreint où on a encore coutume de la parquer. Dans ces belles perspectives fuyantes, on ne s’étonnera guère de croiser la silhouette de Fred Pallem, l’inlassable fureteur du Sacre du Tympan, venu brosser des arrangements de cuivres et quelques lignes de basse qui accusent encore les contours de l’ensemble, ou bien le batteur transgenre Steve Argüelles.

On ne sera pas surpris d’entendre Robin Leduc se reconnaître des affinités avec de prestigieux aînés qui, selon lui, ont éclairé son chemin. "Deux personnes m’ont vraiment marqué, qui m’ont donné le désir d’écrire dans ma langue : Dominique A, qui m’a permis de faire le pont entre une inspiration pop-rock indé que j’aimais et l’écriture en français. Et JP Nataf, dont l’album Plus de sucre a été une révélation, un disque que j’ai énormément écouté . Il y a eu aussi Jacques Higelin, Mathieu Boogaerts, Dick Annegarn, Serge Gainsbourg, Alain Souchon, Léo ferré et bien d'autres

J’ai mis du temps à aller vers le français, ma culture musicale étant à la base essentiellement anglophone. Mais une fois que je suis vraiment entré dedans, ça a été très, très fort." Pas de doute aujourd’hui : avec ce disque, Robin Leduc peut légitimement s’inscrire parmi les forces de la chanson française libre – celle qui, peu soucieuse d’ouvrir un quelconque débat sur son identité musicale, a choisi de s’aventurer partout où ses désirs la portent.

Vendredi 17 Septembre 2010 - 18:47



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