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Serge Lopez - Au fil de l’horizon

sortie le 7 février 2011




Serge Lopez - Au fil de l’horizon
Au fil de l’horizon est le septième album de Serge Lopez, guitariste de style, travaillant à Toulouse, ville où « la violence bouillonne jusque dans [ses] violettes », selon Claude Nougaro. Au fil des treize titres, Serge Lopez développe sa science du doux et du fluide avec une énergie escarpée comme une pente pyrénéenne. Un Gascon d’à côté, Francis Cabrel, un homme d’Astaffort (Lot-et-Garonne) l’avait embauché pour son album Des roses et des orties (2008). En voisin, il le produit aujourd’hui, avec la complicité d’un membre de son équipe, le guitariste et auteur-compositeur Michel Françoise, de Nérac. Ce dernier a écrit trois textes pour cet album instrumental, dont Sans qu’elle me voie, chanté par Art Mengo (de Toulouse), Appaloosa Suite avec Mouss & Hakim. Il y a aussi Como Amar, un beau « trio » entre Francis Cabrel, Serge Lopez et l’un des pères de la chanson kabyle, Idir.

« On voyage en écoutant ce nouvel album. Les couleurs se mélangent : le Maghreb et l’Espagne viennent tour à tour teinter un jeu de guitare inspiré et vif. Serge sait faire oublier la technique pour laisser la part belle à la musicalité. On se laisse emporter par les mélodies et les climats musicaux, les images défilent… », explique Michel Françoise.

Michel Françoise n’aime pas la frénésie, il a mené des projets parallèles, avec Sorel ou Souad Massi, tout en construisant Au fil de l’horizon, tandis que Serge Lopez, cheveux dans le cou et anneau à l’oreille, jouait en trio dans des festivals de guitare réputés comme celui de Patrimonio en Corse, ou pour les « Lundis populaires » du restaurant La Kasbah au cœur du quartier Arnaud Bernard, fief de la culture citoyenne où règnent les groupes toulousains bigarrés, Faboulous Trobadors ou Femmouzes T. Au fil de l’horizon s’est construit à petites touches, pendant deux ans, du travail – avec Michel Françoise aux percussions, Bernard Paganotti à la contrebasse, et Sébastien Bramardi aux consoles des studios d’Astaffort.



Serge Lopez a une pointe d’accent du sud. Né au Maroc, à Casablanca, d’une famille d’origine espagnole, le gamin tombe en sympathie avec la ville où il grandit, en bord de Garonne. Se rappelant un « trottoir éventré sur les tuyaux du gaz », et Claude Nougaro, le Toulousain, y voyait « l’Espagne … qui pousse un peu sa corne » ou « une bulle de jazz » dans « les tripes » de la cité gasconne (dans Toulouse, 1967). A quatorze ans, Serge Lopez est saisi d’un « besoin absolu d’avoir une guitare ». Il écoute les Beatles et Jimi Hendrix, passe plusieurs heures par jour à jouer de son instrument. « Mais le langage américain me parlait peu. Puis, à vingt ans, j’ai découvert Paco de Lucia, mon guide – quand je perds le swing, je pense à lui ! Alors, je suis parti passer deux ans en Andalousie, près de Malaga ». Nous sommes en 1981, Serge Lopez joue dans les bars de Malaga, apprend le flamenco avec des Andalous, puis revient à Toulouse pour ne pas rester enfermé dans une seule culture. Toulouse est une ville mélangée, espagnole, occitane, sud-américaine, africaine…

Le jeune guitariste cherche un professeur. Il en trouve un à sa hauteur : Bernardo Sandoval, un Castillan venue avec sa famille à Toulouse en 1960, et formé à la guitare flamenca par les Andalous de Barcelone. « Il m’a tout appris, j’ai passé dix-huit ans avec lui », raconte Serge Lopez. Des tournées, des albums, la bande originale de Western de Manuel Poirier, écrite par Sadoval, guitariste ouvert à tous les continents… Une vie artistique bien remplie.

Serge Lopez est un modeste. Il n’aurait pas voulu qu’on pense que Francis Cabrel lui faisait un cadeau. Tous ceux qui se croisent sur Au Fil de l’horizon sont des compagnons de travail. Cabrel donc, mais aussi Mouss & Hakim (de Zebda), avec qui il a mené l’aventure 100 % Collègues, groupe collectif et militant qui lui fait croiser Idir (« Il aime ma guitare », dit le musicien). Nilda Fernandez, né à Barcelone, qu’il a épaulé dans son dernier album, Ti A Mo paru en 2010, aurait pu en être.

Serge Lopez joue sur une guitare au son ample, créée par un luthier bordelais, Thomas Dauge. Il compose, et joue avec un délié très velouté, très fluide. La guitare, dit-il, est un instrument difficile, qu’on peut utiliser cependant en s’exerçant à trois accords. « Il faut travailler son corps, sa position, la rythmique, un tas de choses. Michel Françoise m’a empêché de gaver l’auditeur en enchaînant trop de notes, trop de techniques. Il m’a montré qu’une jolie mélodie se suffisait à elle-même». Avec les influences souples du flamenco, du swing velouté de Pat Metheny (autre maître), des ambiances oniriques (La Tour de sable), des balancements de la rumba catalane (Rumba de la sombra), des appels aux ailleurs (La Danse du vent, La Course des cimes).

Mercredi 22 Décembre 2010 - 17:26



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