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Souleymane Diamanka - L'hiver Peul

Sortie le 10 avril 2007


Sortie de son 1er album "L'hiver Peul" le 10 avril chez Barclay. En tournée à partir du 11 avril dans toute la France.





Je m’appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba
Fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi
Petit-fils de Maakaly Diamanka dit Mamadou Tenen(g)
Arrière-petit-fils de Demba Diamanka dit Len(g)el Nyaama
Et cætera et cætera…
(L’hiver Peul)


La voix est grave, majestueuse. Elle répond à une autre voix, plus lointaine, mais c’est à toutes les paroles de ses ancêtres qu’elle fait écho. En déroulant ainsi sa généalogie, Souleymane Diamanka s’inscrit dans la riche tradition orale des Peuls, ce peuple de bergers qui a fait de la parole un art et couve le verbe comme son plus précieux trésor, ce peuple migrateur, habitant de nul part et originaire de partout (d’aucuns les appellent les gitans du Sahel) que la fortune et les vents ont disséminé dans toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà, jusqu’en Occident. Pour les Diamanka, le destin a voulu que ça soit Bordeaux, la Clairière des Aubiers, un grand ensemble sorti de terre quelques années plus tôt aux lisières de la ville, une tour de Babel qui résonne de mille voix, un de ces quartiers qu’on dit défavorisé où la diversité culturelle n’est pas qu’une formule un peu creuse. En bas des blocs, on parle français, mais aussi algérien, portugais, vietnamien ou turc. A la maison, par contre, on ne s’exprime qu’en peul, pour que le riche patrimoine transmis par voie orale de génération en génération ne s’éteigne pas sur cette nouvelle terre d’accueil. Son père y veille personnellement. Il a enregistré d’innombrables cassettes d’entretiens à destination des plus jeunes (cette voix qu’on entend sur “l’Hiver peul”, c’est la sienne) dans lesquelles il raconte son enfance au pays, l’organisation traditionnelle de la société et plus largement l’histoire du peuple peul à travers ses multiples contes, poèmes et proverbes.

On nous montre la violence des jeunes dans des rues infestées
Mais je sais que la haine c’est un chagrin qui s’est infecté…
Nul n’est poète en son pays et pourtant
J’ai vu ceux qui suent et ceux qui saignent
Devenir ceux qui sèment les mots qui soignent…
(Le Chagrin Des Anges)


En classe de CE2, Souleymane croise la route d’un instituteur qui plutôt que de faire apprendre par cœur à ses élèves des textes qui bien souvent les ennuient au plus haut point, leur propose d’écrire leurs propres poèmes, avec pour seule ligne directrice cette phrase un brin mystérieuse qui va l’accompagner jusqu’à aujourd’hui : « La poésie c’est mettre des noeuds dans les phrases et obliger le lecteur ou l’auditeur à défaire ces nœuds. » De quoi lui inoculer définitivement le virus de l’écriture. Enfin… presque, puisqu’à cette époque il n’écrit rien justement, accumulant dans sa mémoire des mots par milliers. Suivant l’exemple de sa grande sœur, il prend l’habitude de distraire ses camarades en leur racontant des histoires qu’il imagine au fur et à mesure du récit. Etonnamment, c’est par le biais de la danse qu’il entre dans le hip-hop. Le rap viendra plus tard, par accident, et ne sera jamais vécu comme un univers clôt, un carcan rigide auquel il faut absolument se conformer. Souleymane travaille d’ailleurs déjà avec des musiciens venus d’autres horizons qui lui ouvrent de nouveaux possibles. Ce n’est plus tout à fait du rap et pas encore du slam, plutôt un style hybride, à la croisée des chemins. En 1994, il pose son premier texte en studio, puis dans la foulée arrête ses études. Commence alors un long travail sur le verbe, ausculté, décortiqué, manipulé dans tous les sens, à l’envers, à l’endroit, pour mieux libérer sa substantifique moelle. Il s’impose toutes sortes d’exercices de style pour muscler sa prose, traque les similitudes entre peul et français, fait de la rhétorique à l’instinct, jouant sur les assonances ou cherchant les holorimes alors même qu’il ignore la définition de ces termes. Jamais à court de défis, il compose des alexandrins en peul et cherche à produire le plus long palindrome de la langue française. Seul l’intéresse une chose, développer sa singularité, cultiver une parole aussi riche et originale que celle de son père ou des griots de la tradition.

J’ai attendu longtemps que le néant s’anime
Que chaque mot trouve sa phrase et que chaque phrase trouve sa rime
Le pays des songes est derrière une grande colline
Pour écrire je me sers de la réalité comme d’un trampoline
(Moment d’Humanité)


Comme antidote au doute qui pointe, il multiplie les allers-retours vers la capitale où il semble qu’on soit plus réceptif à la nouvelle orientation de son travail. Il finit par s’y installer, pour enfin donner corps à ses rêves. Il y retrouve de vieilles connaissances bordelaises, les Nubians, rencontrées quelques années plus tôt au sein des “ Nouveaux Griots ”, une association visant à la promotion des cultures urbaines et métissées – déjà. A l’époque, les deux sœurs l’avaient souvent accompagné sur scène. En retour, il leur avait écrit le texte d’un de leurs morceaux-phares, “ Princesse Nubienne ”. Quelques années plus tard, il remet ça avec le sublime “ Que Le Mot Soit Perle ” que les Nubians enregistreront deux fois, d’abord seules, puis avec Henri Salvador après que celui-ci ait craqué sur le texte. En 1999, elles l’invitent à participer à “ Echos ”, un spectacle rassemblant de nombreux poètes américains et français. Première rencontre avec John Banzaï, le temps pour chacun de balancer deux trois textes et l’évidence s’impose : Souleymane s’est trouvé un jumeau impossible, un autre versificateur notoire qui comme lui n’aime rien tant que se mirer dans le miroir de la langue de ses ancêtres (polonais) pour mieux extraire du français des perles insoupçonnées. Ensemble, ils multiplient les expériences croisées, défrichent de nouveaux champs lexicaux et montent avec DJ Wamba un spectacle intitulé “ Le Meilleur Ami Des Mots ”. Ils écument les cafés et les scènes slam de Paris et de sa banlieue, participent au spectacle “ Slam Opéra ” ainsi qu’aux albums des Nubians, Bams et de Puzzle et ils publient un livre écrit à quatre mains, intitulé “ J’écris En Français Dans Une Langue Etrangère ”.

Comme une fleur sentimentale qui aurait appris à voler en battant des pétales
Le papillon en papier se fraie un chemin de l’horizon éteint à son étoile natale
Même s’il est né de ma plume
Si tu l’as aimé et qu’il t’a plu
Ce n’est plus mon poème…
(Papillon En Papier)


Parallèlement, Souleymane commence à travailler avec Woodini, un concepteur musical rencontré lors d’un concert. Il passe régulièrement chez lui et pose un texte a capella que Wood a ensuite carte blanche pour habiller à sa guise. Ses musiques, comme celles de son homologue DJ Wamba, sont illustratives sans être jamais neutres. Volontairement dépouillées, elles sont faites pour mettre en valeur les mots de Souleymane et non leurs voler la vedette, pour qu’une fois sortis de sa bouche ceux-ci deviennent des « papillons en papier » qui s’envolent de la feuille et aillent meubler l’imaginaire de l’auditeur. Magnifiées à l’épreuve du studio par le savoir faire du label Anakroniq et de ses musiciens habituels, Eric Legnini et André Céccarelli…, relevées par les participations de Grand Corps Malade, Kayna Samet ou John Banzaï, elles forment un tableau étonnamment riche et varié. Jazz, Soul, Classique, Chanson Française, Musique Traditionnelle ou Pop, les étiquettes valsent au fur et à mesure qu’on progresse dans l’écoute de cet album singulier : Ici, c’est quelques notes égrenées sur une guitare délicatement posée sur un discret tapis de percussions qu’habille un entremêlement de cordes et bois oniriques (“ Les poètes Se Cachent Pour Ecrire ”). Là, le groove implacable d’une tournerie africaine rehaussée de cuivres flamboyants (“ Le Rêve Errant Du Révérend ”). Plus loin, la sonorité nue du piano acoustique de S Petit Nico (“ Muse Amoureuse ”). Partout, le timbre grave et profond de Souleymane fait merveille. Il y a de la sueur et du sang dans cette voix qui tour à tour se fait caresse ou agression, suivant qu’elle choisit d’apaiser nos passions ou au contraire d’y semer le trouble. Les mots coulent de sa bouche comme dans une conversation, comme s’il s’adressait individuellement à chacun de nous. Ils sont détachés, appuyés, disséqués syllabe après syllabe, articulés lentement et soigneusement de manière à ce que personne ne puisse plus ignorer leur portée.

Les mots sont les vêtements de l’émotion
Et même si nos stylos habillent bien nos phrases
Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage…
(Les Poètes Se Cachent Pour Ecrire)


Le grand griot peul Sana Seydi ne s’y est pas trompé, qui a consenti à lui donner la réplique sur “ Moment d’Humanité ”. Un acte exceptionnel pour cette grande figure, éminemment respectée chez les Peuls du Fouladou, la région du Sénégal dont est originaire la famille de Souleymane, et qui n’avait jamais entrepris jusqu’ici d’exposer son art hors du cercle de la communauté. Après l’enregistrement, Sana Seydi a d’ailleurs lâché cette sentence lourde de sens : « Essayer d’éteindre l’art oratoire, c’est essayer d’enterrer une ombre », comme pour mieux signifier qu’en transposant dans la langue de Baudelaire l’art oratoire des Peuls (Jaliya), Souleymane avait en quelque sorte repoussé les frontières du Fouladou. Difficile de ne pas y voir un passage de témoin entre un des derniers représentants d’une tradition ancestrale et son héritier dans la jungle des baobabs en béton. Une chose est sûre, cette voix est appelée à résonner en nous encore longtemps…

Plus d'Infos : http://souleymanediamanka.artistes.universalmusic.fr/

Lundi 12 Mars 2007 - 21:53
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