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Stanislas Top Hat - Tribute to Fred Astaire




Stanislas Top Hat - Tribute to Fred Astaire
Chanter n’est pas forcément une affaire de poids, d’appuis, de pression. Certains êtres nous ont montré comment on chante sans paraître toucher le sol, sans céder aux règles de la gravitation – si tout le corps s’y met, cela s’appelle danser.

Chez Fred Astaire, chanter n’était qu’affaire de frôlements, de glissades, d’effleurements. Stanislas s’invite chez lui, dans ce répertoire tout en noir et blanc dont les chansons sont habillées du plus céleste des swings.

Après tout, c’est naturel, tant on a constaté que Stanislas chantait parfois comme on rêve de voler – avec peu de mouvements, avec autant d’abandon que de maîtrise. Il chante Fred Astaire comme on revient au commencement, comme on s’abreuve à la source. Aujourd’hui, tout le monde en France sait bien qui est Fred Astaire mais on le connait mal. Un mythe, certes, mais un mythe dont on n’a pas les disques chez soi.

Or le père de Stanislas écoutait souvent Fred Astaire. L’enfant y a entendu une légèreté, un envol, une liberté. Et il a vu les films, les pas de deux vertigineux avec Ginger Rogers, les décors époustouflants comme l’hôtel à Venise dans Le Danseur du dessus (Top Hat, en VO), des personnages dont la vie est exempte de toute contingence matérielle et de tout autre souci que l’amour.

J'étais un peu amoureux de Ginger Rogers, qui était un vrai émoi d’enfant, avoue Stanislas. Mais Fred Astaire ne me donnait pas envie de danser. J’étais attiré par les mélodies aériennes et poétiques qu’il interprétait, par sa grâce de chanteur. On sous-estime terriblement ses chansons par rapport à sa danse. »

Car on oublie facilement combien d’immenses classiques du grand songbook de l’Amérique ont été créées par Fred Astaire : Night and Day de Cole Porter, Cheek to Cheek, Isn’t This A Lovely Day, Change Partners et Top Hat, White Tie and Tails d’Irving Berlin, They Can’t Take That Away From Me, Foggy Day et Let’s Call the Whole Thing Off de George et Ira Gershwin, The Way You Look Tonight et A Fine Romance de Jerome Kern – des chansons que reprend Stanislas. Ses numéros de danse sont si époustouflants à l’écran qu’ils occultent presque le charme infini de son interprétation chantée, avant qu’il ne décolle du sol au bras de Ginger Rogers…

Et, comme les amoureux de la musique aiment que les chansons naissent sur scène, on oublie souvent que ces grands standards ont été composés pour lui, pour son personnage de cinéma. « Ce n’est pas un hasard : il swingue. Il n’a pas le swing très masculin de Sinatra, cette manière très affirmée de se poser en arrière. Fred Astaire chante sans peser sur les notes, avec peu d’effets. Il ne sous-interprète pas mais il s’efface volontiers derrière la mélodie. »

Stanislas ne le cache pas : « Quand je chante, il y a une sorte de cousinage avec Fred Astaire. Ce n’est pas un style à proprement parler, mais des tendances, des inclinations : une sorte d’enthousiasme, de naïveté, d’humilité par rapport aux mélodies. Son répertoire, que je connais depuis toujours, est une collection de chansons d’une efficacité exceptionnelle.

Et il est possible de l’aborder à nouveau aujourd’hui en revenant à la mélodie et en abandonnant l’idée de standards à l’eau de rose avec le crooner qui fait de l’oeil et un double whisky pour tout le monde. » Alors le chef d’orchestre classique et le chanteur de pop française a fait appel à des jazzmen – et quels jazzmen : André Ceccarelli à la batterie, Benoît Sourisse au piano et à l’orgue, Damien Prud’homme au saxophone et à la flûte, Jérôme Regard à la contrebasse. « Il fallait à ces chansons une part d’improvisation. Bien sûr, il y avait chez moi une démarche exploratrice et admirative dans le fait de travailler avec des jazzmen confirmés. Mais j’avais aussi besoin d’intégrer à mon vocabulaire un mot qui ne ressemble pas forcément à tout ce j’ai pratiqué depuis la fin de mes études aux États-Unis – le feeling. Dans la pop et dans la musique classique, il y a beaucoup de rigueur de l’écriture, des orchestrations très précises, le souci du détail, la justesse de la note... Pour aborder les chansons de Fred Astaire, il faut surtout garder le plaisir. »

La méthode ? Quelques répétitions, un concert dans un petit club parisien, une semaine de studio dont quatre jours avec les musiciens pour enregistrer en direct, tous ensemble. « Ce disque est signé Stanislas mais c’est un disque de quintet. Ces musiciens sont évidemment virtuoses mais, quand ils lâchent les chevaux, on sent l’allégresse de cette musique. Dans la pop, les chorus sont toujours menacés d’être ringards.

Avec André et les autres, j’ai vu, entendu, senti qu’on peut ne pas faire un chorus pour bomber le torse, qu’il peut s’agir d’une forme de rêverie et de liberté. »

Ces jazzmen qui, comme le dit Stanislas, « avaient déjà joué ces standards dans tous les styles, tous les costumes et même les pieds au mur », se sont aussi beaucoup amusés à les retrouver dans leur fonction originelle : des chansons, des chansons que l’on chante pour leur mélodie, pour leur légèreté, pour le baume de joie qu’elles posent sur nos coeurs affairés. André Ceccarelli déploie une parade de cirque dans Top Hat, White Tie and Tails, Benoît Sourisse tisse un mouvant brouillard d’orgue sur Foggy Day, partout le groupe s’amuse et s’envole dans les pas du petit homme d’Hollywood au sourire radieux…

Et une Américaine est même venue joindre sa voix à celle de Stanislas : complice et tendre, Robin McKelle a d’abord enregistré Let’s Call the Whole Thing Off dans une version strictement anglophone ; puis tous deux ont transposé en français et en anglais la situation du film Shall We Dance, dans lequel Ginger Rogers et Fred Astaire se chamaillent entre le parler bostonien et l’accent provincial américain. C’est cela la leçon de cette promenade au temps du noir et blanc : il n’est de bonheur que dans la légèreté.

Mercredi 14 Septembre 2011 - 16:39



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