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The Dø - THE DO – Both Ways Open Jaws

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The Dø - THE DO – Both Ways Open Jaws
« Le public fidèle, celui qui nous connaît, sait qu’il ne peut savoir à quoi s’attendre », déclare Olivia, l’O de The Dø. Le D, c’est Dan. Mais n’allons pas trop vite. D’abord, que le public (qui commençait à frétiller d’impatience) soit prévenu : il doit savoir qu’il ne peut pas s’attendre à ce que The Dø refasse son premier album. Ce serait trop simple. Ce serait trop beau.

En 2007, le groupe sort de nulle part (Dan et Olivia se sont rencontrés deux ans plus tôt sur l’enregistrement d’une musique de film), et enregistre son premier album sans préméditation, sans calcul. « A l’époque, on faisait surtout de la musique pour le cinéma, le théâtre, la danse. On avait enregistré ces chansons sans savoir que ce serait un album, jusqu’au dernier moment », dit Dan.

A Mouthful sort en France début 2008, porté par le single On My Shoulders , précédé d’un buzz-sur-myspace et l’année lui appartient : l’album grimpe dans les charts (150 000 ventes à l’arrivée), sort à l’étranger, et permet au duø de tourner et remplir les salles un peu partout, d’Istanbul à Los Angeles en passant par l’Olympia de Paris.

A Mouthful veut dire « une bouchée », et l'histoire de ce premier album fut savoureuse, longue en bouche : il y a seulement quelques mois, le groupe était encore sur scène pour défendre la sortie américaine. Et après ? Comment assurer la suite ? Comment se remettre d’un succès aussi inattendu (quoique bien mérité) ? Ce costume de groupe à tube, taillé sur mesure par On My Shoulders, était-il vraiment le leur, taille unique ? Pour répondre à toutes ces questions, Dan et Olivia ne vont pas s’entourer de gros bonnets du marketing ou s’offrir les services d’un producteur en vue. Parce qu’ils connaissent la musique, ils attendent la fin de leur tournée, puis courent s’enfermer – seuls ensemble – dans leur studiø d’enregistrement de la banlieue parisienne. Ils y passeront un an. « Le studio, c’est le refuge, on n’avait plus envie d’en sortir », explique Olivia.

Mais à l’écoute de ce qui en est sorti, justement, on se dit qu’ « enfermés » n’était pas le bon terme pour qualifier le (long) temps passé par The Dø en studio. Libérés, plutôt. « Après la tournée, on était frustrés par les contraintes du live, où ne pouvait pas tout faire parce qu’on était seulement trois sur scène. On est donc entrés en studio avec cette idée : on fait ce qu’on veut. C’était le saut dans l’inconnu », explique Olivia.

Ce vent de liberté, du frisson à la bourrasque, souffle sur le deuxième album de The Dø. Chanson après chanson, de surprise en surprise, le groupe trace sa route en brouillant les pistes. Fins mille-feuilles d’instruments et de voix, arrangements éclairés à la bougie mais scintillants comme des lucioles, tambours martiaux d’une tribu inconnue, mélodies en ascensions sensuelles, symphonies de vide-poches, groove à nu, chansons en crue, dynamiques contrastées, un violon solitaire qui se prend pour un grand orchestre. Et le souffle et la voix accomplie d’Olivia, torch-singer chamanique, guérie de ses écorchures adolescentes. Il y a de la magie blanche et des papillons noirs dans les nouvelles chansons de The Dø, plus barré que jamais.

Cet album est troublant : c’est de la pop, et du rock, mais qui déjoue les lieux communs, qui se réinvente à chaque seconde. Dan : « Mélanger du Wurlitzer avec du vibraphone avec des percussions d’ustensiles de cuisine, c’est ça qui nous plaît. On cherche la richesse du son, la surprise dans les détails, la couleur orchestrale. Ça vient sans doute de notre culture de musique classique, c’est pour ça qu’on aime la musique contemporaine, et Charlie Mingus : parce qu’on ne sait pas où on va. » Le plus incroyable, c’est que Dan et Olivia y sont allés à deux, sans producteur, sans musiciens extérieurs (mais pour la scène, ils seront six, avec des multi-instrumentistes aux cordes, aux cuivres et aux claviers).

Dan et Olivia sont des amoureux de musique, mais adeptes de l’amour libre, iconoclastes et fantasques. Ils jouent sans entraves, découvrent de nouvelles positions, inventent, se surprennent, se trouvent en s’égarant. Pour s’y retrouver : la pochette de leur nouvel album fait référence à celle de A mouthful – mêmes poses, mais ambiance nocturne, un brin horrifique. Peut-être qu’une bête est tapie dans la nuit. Va-t-elle sortir pour attaquer, ou pour danser ?

Clin d’œil (ou claquement de dents) à A mouthful, l’album s’appelle donc Both Ways Open Jaws, qu’on peut traduire par « Mâchoires ouvertes de chaque côté». Ça ne veut rien dire, ou ça veut tout dire : ça peut révéler un appétit d’ogre excentrique. Le public ne peut pas savoir à quoi s’attendre, mais il va être mordu.

Dimanche 6 Mars 2011 - 21:16



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