The Prodigy a également beaucoup à voir avec le punk. Le punk électronique. Un son que The Prodigy a défini lui-même avec “Poison” en 1995, “Firestarter” l’année suivante, et l’album “The Fat Of The Land”.
Pourtant, en juillet 2002, lorsque The Prodigy a fait paraître le single “Baby’s Got A Temper”, le genre punk électronique qu’il avait inventé menaçait de se retourner contre lui. Pour éviter la parodie, The Prodigy a décidé d’aller de l’avant.
“Baby’s Got A Temper” n’est peut-être pas le single le plus important de la discographie de The Prodigy mais il lui a permis de retrouver sa pulsation originelle, vitale et tellement plus importante que le reste : ces fameux beats. Ayant détruit la formule du punk électronique, Liam était de nouveau prêt à explorer.
“J’ai voulu faire l’album le plus honnête possible, qui incarne véritablement ce que je suis, dit-il. J’ai les mêmes inspirations que quand j’étais gosse, Public Enemy, les Sex Pistols. Il faut que la musique domine et j’ai su qu’il fallait que je me remette en question.”
Liam a balancé plus d’une année de démos, a fermé son studio à clef et s’est mis à composer en utilisant son ordinateur portable. Comme un guitariste, il a pu travailler partout : “Je choisissais un endroit qui me convenait, ma chambre souvent, et je me mettais à bosser vers minuit, après deux verres de vin, avec un James Bond dans le lecteur DVD. J’ai redécouvert le plaisir d’écrire.”
Et ça s’entend ! Libéré des contraintes punky et boosté par l’aspect mobile de sa façon d’écrire, Liam a pu injecter une spontanéité neuve dans le son de The Prodigy. Une seule écoute de “Always Outnumbered, Never Outgunned” suffit pour se convaincre de sa fraîcheur. Il a retrouvé ses marques et ses beats, et le résultat, gorgé d’adrénaline et de funk un peu roublard, est, assez ironiquement peut-être plus punk que tout ce qu’il a enregistré jusqu’à aujourd’hui…
C’est un album particulièrement énergique dont les beats sont les vraies stars. Les voix ne sont considérées que comme d’autres samples de son arsenal sonore. Il n’y a pas de voix lead ici. Les voix des invités font partie intégrante du son global.
Liam Gallagher, Juliette Lewis, Kool Keith, Princess Superstar, Ping Pong Bitches, Twista, Shahin Bada (réputée pour sa contribution à “Smack My Bitch Up”) le singer-songwriter quasiment inconnu Paul Jackson (de Dirt Candy) comptent parmi les chanteurs qui se sont prêtés aux exigences artistiques de Liam Howlett.
Contrairement à ce que prétend la rumeur, les trois membres originaux du groupe sont toujours ensemble et emmèneront cet album sur la route. Keith et Maxim seront sur scène comme ils l’étaient au début.
“Spitfire”, qui ouvre les hostilités, annonce la couleur : The Prodigy est prêt à en découdre. “Girls”, le premier single, mariage réussi du tech-funk, de l’electro old skool et d’une attitude héritée de Clash, ou “Memphis Belle”, allusion au sci-funk de Timbaland, prouvent que l’énergie et la rudesse sont intactes mais qu’elles ont plus d’air pour s’exprimer.
Ailleurs, Liam maltraite le hip-hop déjanté qui a fait les grandes heures de The Prodigy (“Get Up Get Off”), arrange la rencontre du punk rock et du psychobilly (“Hot Ride”, avec Juliette Lewis), revoit et corrige les synthés 80’s (“Action Radar” avec Paul Jackson), met des guitares à l’envers dans “Under My Wheels”, fait sa BO dans “Medusa’s Path” et recycle “Love Buzz” de Shocking Blue dans “Phoenix”.
Kool Keith fait une apparition remarquée dans “Wake Up Call”, tandis que Liam ne recule devant rien : dans “The Way It Is”, il n’hésite pas à malmener le riff de basse séminal de “Thriller” de Michael Jackson : “L’idée a été de prendre ce loop et de voir jusqu’où je pouvais l’emmener… C’est un titre club mais pas au sens house. Je déteste la house. C’est plus dans l’esprit années 80 de The Gap Band par exemple.”
L’album s’achève par un assaut final, “Shoot Down”, toutes guitares dehors dans la plus pure tradition de The Prodigy.
Composé avec un ordinateur portable dans une chambre de l’Essex, mixé à Londres et masterisé à New York, “Always Outnumbered, Never Outgunned” est le son de Liam Howlett à la reconquête de The Prodigy, qui remet les beats dans le bon sens, au centre de l’action. Le résultat est un album qui mérite amplement d’être le quatrième de The Prodigy.
Le roi des beats est de retour, à la manière 2004.