Connectez-vous S'inscrire

Thomas Quasthoff, nouvel album soul "Tell It Like It Is"

Sortie le 25 octobre 2010 sur le label Deutsche Grammophon / Universal


Thomas Quasthoff sera en concert à Paris
salle Pleyel le 26 octobre
avec la Camerata Salzburg (Mozart, Haydn)



« Pourquoi fait-on de la musique ? » – question purement rhétorique que Thomas Quasthoff lance à l’improviste au cours d’une longue discussion sur Schubert, avoir des oeillères, la soul, le pour et le contre du répertoire populaire et des traditions classiques. « On peut évidemment pratiquer la musique avec le noble objectif d’apporter quelque chose aux gens sur le plan intellectuel. Mais au bout du compte, la musique est faite pour émouvoir. Ici et maintenant.

Elle parle à la tête et aux tripes. Alors finissons-en une fois pour toutes avec ces histoires de niches et de catégories. » Il respire profondément, puis sourit jusqu’aux oreilles. « Et c’est là que j’interviens, dans la série : Tell It Like It Is. Ni plus ni moins. » Celui que Stern a baptisé « la plus belle voix du monde » sait fort bien ce qu’il fait – et ce qu’il veut. Dans les airs italiens comme les chansons américaines, l’intensité de l’interprétation va chez lui toujours de pair avec un goût très sûr.

Quant à savoir s’il remplit son objectif d’émouvoir les gens, il suffit pour s’en rendre compte de mesurer les réactions du public. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les chansons qui composent le programme de son nouvel album sont toutes passées par « l’épreuve du feu de la rampe » : à chacun de leurs concerts en février 2010, le baryton-basse et la poignée d’instrumentistes triés sur le volet qui l’accompagnent ont approfondi leur interprétation ; les applaudissements et « l’allégresse sans fin » (Die Welt) de l’auditoire ont par ailleurs servi de baromètre pour élire les chansons qui figureraient sur l’album. Nous avons donc ici affaire à des morceaux « doublement favoris ». « On grandit avec la musique », répond Thomas Quasthoff quand on l’interroge sur ses choix de répertoire. « En ce qui me concerne, il n’y avait pas vraiment de limites à ce que j’écoutais. »

Et il se lance, il parle de son frère aîné, Michael, qui a deux ans de plus que lui et a beaucoup influencé ses goûts musicaux, depuis le bon vieux jazz jusqu’à l’avant-garde : « De Bix Beiderbecke, en passant par Louis Armstrong, Oscar Peterson et Cannonball Adderley, jusqu’à Dizzy Gillespie, Miles Davis, John Coltrane, et bien sûr Don Cherry et Ornette Coleman, ou même Cecil Taylor, Peter Brötzmann et Alexander von Schlippenbach. » Plus toutes les chansons pop qu’il découvrait à la radio, la musique classique que ses dons précoces lui ont permis très tôt d’assimiler, et – toujours par l’intermédiaire de son frère – beaucoup de soul, de funk et de country. « Ça partait vraiment dans toutes les directions, insiste-t-il.

J’ai toujours jugé important d’avoir un vaste horizon. Il me paraît dangereux de se cantonner dans une seule direction. Ouvrir ses antennes est tout de même beaucoup plus passionnant. » Ainsi, après le succès international de son Jazz Album ironiquement sous-titré Watch What Happens (d’après la chanson de Michel Legrand) et nominé pour un Grammy®, Thomas Quasthoff effectue une nouvelle plongée dans les profondeurs de son univers musical personnel. « Je ne suis pas la dernière découverte de la soul, ni celui qui portera le chant jazz en Allemagne vers de nouvelles hauteurs », prévient-il d’emblée pour écarter tout malentendu. « Mais, encore une fois, ce n’est pas le but du jeu. Vous savez, les gens qui font des choses simplement pour le plaisir, ça existe ! Nous avons fait cet album parce que nous adorons ces chansons – pour moi, elles sont même très importantes – et parce que j’adore bosser avec ces musiciens. »

C’est la deuxième fois que Thomas Quasthoff enregistre un répertoire « non classique » avec « une troupe de bons amis et d’excellents musiciens ». Il s’agit en l’occurrence du batteur Wolfgang Haffner, du pianiste Frank Chastenier (qui joue aussi de l’orgue Hammond), du bassiste Dieter Ilg et du guitariste Bruno Müller. Sous la houlette du producteur Jay Newland, qui a travaillé en studio avec des pointures comme Norah Jones ou Etta James et a déjà un Grammy® à son palmarès, ils enregistrent des reprises de standards célèbres. On dirait que Thomas Quasthoff, après s’être engagé dans cette voie en enregistrant la ballade You And I de Stevie Wonder sur The Jazz Album, ouvre maintenant un nouveau chapitre où les succès de jazz et de blues côtoient des classiques de la soul et de la pop. D’ailleurs, la frontière de genre entre ces chansons n’a jamais été clairement définie.

Le morceau qui donne son titre au nouvel album, Tell It Like It Is – chanté dans sa version originale par le falsetto du colosse Aaron Neville, puis repris par des groupes de hard, des chanteurs de country, et même par Nina Simone, Percy Sledge ou le comédien Don Johnson – semble idéalement fait pour Thomas Quasthoff, qui en donne une version à couper le souffle. De toute évidence, cette nouvelle production veut mettre l’accent sur l’émotion : l’âme du baryton-basse est au diapason de toutes les chansons qu’il interprète. On sent qu’il maîtrise totalement son répertoire, sur le plan thématique, musical et vocal. Aussi à l’aise dans le languide Please Send Me Someone To Love de Percy Mayfield (l’auteur préféré de Ray Charles) que dans le blues assuré The Seventh Son de Willie Dixon, il dégage une bonne humeur contagieuse dans des versions groovy de Kissing My Love de Bill Withers et The Whistleman, écrit par son frère aîné à qui l’album est dédié.

Chaque mot et chaque note sonne vrai, que ce soit dans Have a Little Faith In Me de John Hiatt ou dans I’ve Been Loving You Too Long d’Otis Redding et Jerry Butler. Citons encore la « trilogie de la pluie » : Rainy Night In Georgia, joyau sentimental de Tony Joe White mieux connu dans les interprétations de Brook Benton ou Randy Crawford, I Can’t Stand The Rain, le tube de Ann Peebles et Tina Turner, et Rider In The Rain, où Randy Newman caricature la country. Nous avons même droit au plus grand succès de Newman, Short People, une chanson caustique qui valut de nombreuses plaintes à son auteur en 1977 – et autant de regards irrités à Thomas Quasthoff plus de trente ans plus tard. « Mais comme je le disais, insiste Thomas Quasthoff, la seule chose qui compte, c’est que tout le monde s’éclate avec cette musique : le public, les musiciens, et moi ! »

Götz Bühler (Traduction : Jean-Claude Poyet)

Mardi 19 Octobre 2010 - 12:59



Nouveau commentaire :

sur cette page