Connectez-vous S'inscrire

Yellowcard - Lights And Sounds




Les mois passés ont été un peu surréalistes pour Yellowcard. Au point que lorsque les Beastie Boys ont annoncé, à la cérémonie des MTV Music Awards 2004, qu’il avait reçu le MTV2 Award, le groupe n’a pas bien compris ce qui se passait : le violoniste Sean Mackin n’a pas entendu que c’était Yellowcard qui avait été appelé. En entendant leur tube “Ocean Avenue” dans la sono, il s’est tourné vers Longineu Parsons III, son batteur, et a finalement compris qu’il leur fallait se rendre sur la scène.

Le chanteur-guitariste Ryan Key a également été comblé par cette annonce, intervenue une année après la parution de “Ocean Avenue”, premier album de Yellowcard sur une major. Depuis qu’il a quitté Jacksonville, Floride, pour Los Angeles, le groupe est devenu un phénomène du rock grâce à trois hit singles, des tournées tout autour de la planète et aux ventes mondiales de “Ocean Avenue” qui excèdent 2,5 millions de copies.

Et puis, après deux années passées sur la route, le groupe s’est finalement remis à écrire. Le fruit de ses nouvelles explorations se nomme “Lights And Sounds”. “A Hollywood, quand on est jeune dans le milieu de la musique, c’est facile de se perdre dans la masse, dit Key. On peut oublier très vite pourquoi on veut devenir artiste.”

Pour mieux se préparer à l’écriture, Key et le bassiste-claviériste Pete Mosely se sont installés à New York début 2005. Ils avaient bien ramené quelques idées de tournées, mais c’est la première fois, depuis longtemps, qu’ils ont pris le temps de réfléchir à la direction que devait prendre le groupe. Key souhaitait que le nouveau disque soit plus introspectif et moins confortable, plus direct, comme ce qu’il avait à dire. Puis les autres musiciens les ont rejoints pour donner du corps à leurs idées, aux plans musical et thématique. “Ce disque reflète davantage ce que j’ai dans la tête, explique Key. J’ai dû m’obliger à faire sortir des choses à propos desquelles j’avais peur d’écrire. La peur du futur et du changement émane de l’album et je crois que ça vient du fait qu’il a été conçu à New York.”

De même que “Ocean Avenue” synthétisait toute une période de la carrière de Yellowcard, “Lights And Sounds” correspond à une nouvelle ère, de changement et d’investissement.

Le groupe a récemment requis les services du guitariste de Staring Back, Ryan Mendez pour étoffer son son. “On avait envie de ça et également de devenir meilleurs musiciens, admet Mosely qui compte les Beatles et Brian Wilson parmi ses héros. Nous sommes un groupe de rock’n’roll. et ce qui est fabuleux avec le rock’n’roll, c’est que son histoire est vraiment surprenante, et que de nouvelles formes émergent sans arrêt. On peut dire d’où viennent les influences ou le cacher. Sur ce disque, on a fait les deux.”

Le résultat est plus dur, plus réfléchi, plus provocant, à l’image de certains thèmes abordés dans les chansons (la guerre, le monde des adultes). Après une intro dominée par des cordes, la chanson-titre, “Lights And Sounds”, est une explosion d’énergie due à la batterie de Parsons et une guitare vrombissante. “Sure Thing Falling” transforme ses craintes et sa tristesse en quelque chose de transcendant, particulièrement riche en harmonies vocales, tandis que les cordes de “Martin Sheen Or JFK” en apaisent les guitares, et que “Rough Landing, Holly” fait irruption comme un vol de frelons électrique, avec son refrain ascendant qui ne retombe que pour laisser la voix de Key seule.

Ailleurs, la grandiose “How I Go” témoigne de l’étendue du spectre dynamique de cet album. Soutenu par des guitares acoustiques et un orchestre de 25 membres, Key s’adresse à l’enfant qu’il n’a pas encore de façon particulièrement poignante. Cette chanson représente indéniablement une étape pour Yellowcard, et surtout pour Mackin qui dirige l’orchestre. “Lights And Sounds” lui a d’ailleurs donné le loisir de s’exprimer pleinement en tant qu’arrangeur investi dans chaque chanson. “Un aspect du disque que nous avons particulièrement apprécié, dit Key, c’est que nous sommes réellement parvenus à y incorporer des cordes, qui contribuent amplement à ce qui pourrait bien devenir la facture sonore du groupe.”

“Two Weeks from Twenty”, une chanson fictive à propos d’un soldat américain tué en Irak deux semaines avant son vingtième anniversaire, est un des autres exploits du disque. Avec son instrumentation jazzy et sa mélodie libre, elle confirme ce nouveau départ que le groupe est bien décidé à prendre.

Enfin, le personnage récurrent du disque est une fille qui s’appelle Holly Wood et qui joue plusieurs rôles, de celui d’actrice qui rêve d’y arriver à celui de la petite amie du soldat tué en Irak, en passant par celui de la ville elle-même, qu’elle personnifie idéalement. Dans “Holly Wood Died”, Key revient avec émotion sur son destin tragique. Mais pour Key, “Lights And Sounds” n’est pas un disque à propos de Los Angeles ou d’une personne spécifique. Il est plutôt le reflet d’un état d’esprit particulier : être à la fois plein d’espoir et sans espoir. Il est destiné à tous ceux qui voudront l’appliquer à leur propre vie et ne prétend pas apporter de solution miracle.

“Lights And Sounds” est néanmoins synonyme d’espérance. Il propose une vision plus large de la vie à travers ses triomphes et ses tragédies. “On s’est efforcé de montrer qu’il y a toujours un autre côté et qu’il faut y parvenir, ajoute Mosely. Et il vous faut vraiment croire que c’est là où vous voulez aller, et que c’est là où c’est le mieux. Personne ne peut la faire à votre place, il faut y arriver, c’est possible.”

Mardi 21 Février 2006 - 21:32
sur cette page